mardi 7 juillet 2009
Dans le wagon, la plupart des femmes sont en jupes, et des hommes, en bras de chemises. Certains ont réussi à conserver un peu de tenue et une veste. L’un a la main gauche perdue dans un gros gant en laine (à moins qu’il n’ait emprunté une manique de cuisine tricotée par une grand-mère – sa femme, en l’occurrence, vu son âge), on dirait qu’il va sortir un plat du four. Mais non, seulement le gant droit de son sac, qu’il enfile. Ainsi équipé il attrape son journal : il a raison, il faut prendre des gants avec l’actualité brûlante.
samedi 13 juin 2009
Agaçant
J’ai commencé à rencontrer quelqu’un. Il me déçoit sans cesse. J’essaye de le trouver sous les étiquettes dont je l’ai pourvu je ne sais trop quand et qui l’ont mis à une distance respectable : ça colle. Sur les doigts ou avec lui, des bouts de jupons, de snobisme, d’assurance indifférente, vaguement pédante et d’autres défauts trop indistincts pour pouvoir même figurer sur des étiquettes. Je n’arrive pas à m’en défaire. Il est agaçant, je lui dis. Et à mon scepticisme devant son contentement, il exhibe le Littré :
• 1 Qui agace, qui fait mal aux nerfs. Ce bruit est agaçant. Cette femme est agaçante par son bavardage.
• 2 Qui excite, qui attire. Propos agaçants, manières agaçantes.
Il m’agace.
Et je me corrige : il m’énerve.
Il m’énerve de ce que je ne puisse pas dire qu’il m’agace.
Ou ne m’agace-t-il pas de ce que je ne puis dire qu’il m’énerve ?
N’est-il pas d’autant plus agaçant qu’on ne le puisse dire tel ?
Si encore c’était en m’embrassant qu’il m’ôtait la parole −
(il m’agace)
• 1 Qui agace, qui fait mal aux nerfs. Ce bruit est agaçant. Cette femme est agaçante par son bavardage.
• 2 Qui excite, qui attire. Propos agaçants, manières agaçantes.
Il m’agace.
Et je me corrige : il m’énerve.
Il m’énerve de ce que je ne puisse pas dire qu’il m’agace.
Ou ne m’agace-t-il pas de ce que je ne puis dire qu’il m’énerve ?
N’est-il pas d’autant plus agaçant qu’on ne le puisse dire tel ?
Si encore c’était en m’embrassant qu’il m’ôtait la parole −
(il m’agace)
lundi 1 juin 2009
jeudi 7 mai 2009
il suffit d'y croire
J'ai vu un saint aujourd'hui, lueur orangée dans les nuages.
Puis la voix divine de la SNCF a annoncé Saint-Cyr, tandis que la panneau lumineux projetait déjà un nouveau reflet sur la vitre nuageuse, Prochain arrêt : Fontenay-le-Fleury.
Puis la voix divine de la SNCF a annoncé Saint-Cyr, tandis que la panneau lumineux projetait déjà un nouveau reflet sur la vitre nuageuse, Prochain arrêt : Fontenay-le-Fleury.
samedi 7 février 2009
Débris blancs à l'ombre d'une poubelle
Ceux qui ont mauvaise conscience d'avoir perdu leur âme d'enfant rasent les murs. Sursis sans glisser - plus loin, à découvert, démarche chaloupée de Playmobils manchots. En avant les histoires... résumées en dépêches AFP - ils ont renoncé à dire, de ta boue j'ai fait de l'or blanc. Ils mélangent tout et gâtent les promesses des grandes vacances en les jetant sur les routes pour donner du sel à ce mois de février, revendeurs de sable, marchands au rabais, qui roulent les yeux hébétés - les rêves sont passés.
Et puis il y a ceux à la candeur de circonstance, qui ont délaissé leurs playmobils et font crisser autre chose que les pneus.
Puis la rue, l'irréalité fondent comme glace au soleil. Il faudra attendre les cornets d'été.
Et puis il y a ceux à la candeur de circonstance, qui ont délaissé leurs playmobils et font crisser autre chose que les pneus.
Puis la rue, l'irréalité fondent comme glace au soleil. Il faudra attendre les cornets d'été.
jeudi 25 décembre 2008
feu vert follet bleu arrière rouge
des miettes de phare dans les arbres
leurs flots immobiles et la rivière dans la rue
au cou de la ville
sur sa poitrine sourde près
d'un cœur des émeraudes des saphirs des rubis
se condensent sur la vitrine
piquetée de gouttes du bus
sur le sol étoilé et la nuit niée
par son néon
des miettes de phare dans les arbres
leurs flots immobiles et la rivière dans la rue
au cou de la ville
sur sa poitrine sourde près
d'un cœur des émeraudes des saphirs des rubis
se condensent sur la vitrine
piquetée de gouttes du bus
sur le sol étoilé et la nuit niée
par son néon
Nature (im)mort(alisé)e
Aujourd’hui a la même composition qu’hier, quelques objets en plus. Croquis d’un livre que l’on parcourt en stop. Des pages qui déchiffrent des tableaux et qu’on déchiffre à la loupe, les yeux pas encore dessinés aux pinceaux. Le rendu des drapés aussi dans le froissement de la couette ; y pèse la lumière de Vermeer. Persistance rétinienne, le papier cadeau encore froissé et le volètement métallique de leurs anglaises. Une Parque fronce nos joues et noue le fil quelque part dans les cheveux. Quelques accords plaqués or. Le silence en est. L’aile argentée de la fenêtre ; le temps passe toujours moins vite quand on ne le retient pas.
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